Le lin – une plante, une fibre, un tissu.

Le lin - une plante, une fibre, un tissu

Cette fois-ci je voudrais continuer dans mes déambulations autour des fils et des tissus. Ils font partie intégrante de la décoration d’intérieur. D’où mon thème d’aujourd’hui sur le lin – une plante, une fibre, un tissu. D’autant plus que le lin a une longue histoire en Slovaquie. Sa gloire et sa disparition peuvent se comparer au déclin du lin en France.

Avant de commencer sérieusement, j’aimerais bien vous donner le lien vers un petit dessin animé tchèque « Jak krtek ke kalhotkam prisel » (Comment la petite taupe s’est procurée un pantalon). Vous connaissez probablement les histoires de la petite taupe qui sont aujourd’hui régulièrement projetées dans les cinémas français. Mais cette histoire sur la taupe et le pantalon est quand même particulière ! Il s’agit de la première version du dessin qui a été modernisé plus tard. Un peu comme Mickey Mouse. Et ensuite, cette histoire résume en 13min  le travail autour du lin pour un obtenir un produit final ! Un moment poétique, magique et beau.

Nous connaissons le lin cultivé pour ses fibres depuis l’Egypte antique. Il fait ainsi partie des fibres les plus anciennes. Cette plante aime l’humidité modérée. C’est pour cette raison que  le lin cultivé sous des climats océaniques produit un fil plus fin que celui qui est cultivé sous un climat continental. On distingue 3 variétés de lin : celui pour les fibres (Linum usitatissimum)  , celui qui produit l’huile et le troisième qui  est un croisement entre les deux et qui permet d’extraire du même plant la fibre et l’huile.

Apparemment, la culture du lin n’est pas très difficile. C’est tout le processus pour en créer le tissu qui est complexe. Il faut alors trois mois pour que les petites fleurs bleues apparaissent. Si vous voulez les admirez, allez –y dans la matinée car elles se referment à partir de midi. Ensuite, pendant deux mois le lin arrive à sa maturité en transformant les fleurs en petites têtes pleines de graines. Puis, il commence à jaunir. Quand il est tout jaune, il est mûr ! Cependant, pour en extraire une fibre fine, il faut l’arracher avant sa maturité, quand il est vert-jaune.

L’humidité, les champignons et les bactéries aident à rendre l’extraction de la fibre plus facile. D’ailleurs, on arrache le lin et on ne le coupe pas. Ensuite il est laissé dans les champs pour profiter de la pluie et du soleil et pour laisser les champignons travailler. Dans les régions sèches, les gens étaient obligés d’arroser le lin arraché. Ensuite on sépare la tête du plant et le plant est battu et peigné pour en obtenir un fil fin. On utilise le fil fin à la confection des vêtements mais aussi du linge de maison, le fil plus grossier par exemple pour créer des sacs de conservation.

Il faut aussi souligner que le lin n’a pas besoin de chimie, pas de pesticides ni engrais. Certes, sa culture ainsi que la transformation sont plus couteuses que le coton, mais par ses qualités, il reste une fibre naturelle toujours intéressante et aimée par le  consommateur. Par exemple, les personnes allergique tolèrent très bien le tissu en lin.

Le lin sur le territoire slovaque – le lin est connu déjà par les Slaves. Avec le chanvre, il fait partie des premières plantes techniques. Au moyen âge, on le cultive sur les terres des riches seigneurs mais également  sur les terres des sujets. Les seigneurs exigent une autonomie en tissu et donc la culture du lin est obligatoire et doit revenir au seigneur. C’est surtout le nord et l’est de la Slovaquie qui développe la culture du lin mais surtout la transformation de la fibre en tissu

. Dans les régions où la quantité du lin est supérieure au besoin, il devient une monnaie importante dans les échanges commerciaux. Avec l’arrivée du coton au 19ème siècle qui facilite l’industrialisation du tissage, la culture du lin se réduit considérablement pour disparaitre complètement après la seconde guerre mondiale.  Par contre, on continue de consommer l’huile de lin par exemple lors des carêmes pour remplacer la graisse animale. L’extrait des graines bouillies est habituellement utilisé dans la médecine douce et populaire.

Le tissu issu du lin est fin  et pourtant robuste. Au contraire, plus il est lavé, plus il est  soyeux, brillant et il se décolore un peu. Il accompagne les gens pendant toute leur vie. Les gens en fabrique des habits de fête ou alors du linge de lit et de maison ( torchons, rideaux, nappes).

Karl Wein & Co – Tatralan Kezmarok – A Kezmarok (Slovaquie) au 19ème siècle on cultive traditionnellement  le lin et pour cette raison on y installe aussi quelques fabriques de cette plante. C’est ainsi que Karl Wein y fonde dans les années 1880 une usine de ce genre. On y produit du tissu damassé surtout les nappes, serviettes, torchons, mouchoirs et le linge de lit. L’usine exporte principalement dans le pays des Balkans. On utilise essentiellement la fibre de lin. La fabrication tourne au ralenti après la première guerre mondiale. A ce moment, on transfère une partie de la production en Pologne et en Hongrie. L’usine a repris du poil de la bête après la seconde guerre mondiale. Pourtant, avec l’arrivée des communistes au pouvoir, elle est nationalisée en  1947 et son nom change en Tatralan. Le lin est tout doucement remplacé par le coton.

L’usine change de nom dans les années 1990 après sa privatisation. Elle s’appelle désormais Texilan. Dans les années 2000, presque la moitié de la production est exportée dans toute l’Europe. On se spécialise aussi dans la fabrication de tissus spécifiques pour le Ministère de la Défense et de l’Intérieur. La collaboration avec les clients étrangers passe aussi par les dessins apportés par eux -même et donc, la production propre de l’usine est affaiblie.  Par la suite, on transfère la fabrication en Tchéquie.

Aujourd’hui, la culture du lin à fibre en Slovaquie est très confidentielle et expérimentale. Dans les années 2000, il est impossible de trouver une seule graine de ce lin. Ce sont soit les passionnés, soit les héritiers de la tradition du lin ou de jeunes designers qui commencent à s’y intéresser de plus en plus. En Europe, on cultive le lin à fibre par exemple en Belgique ou en France. Par contre, sa transformation se fait en Asie car elle reste très onéreuse. Il est donc difficile aujourd’hui de tracer l’origine des produits en lin.

Le lin et la jeune génération slovaque – je voudrais vous présenter maintenant trois femmes slovaques qui travaillent le lin, à chaque fois d’une manière différente mais très intéressante.

Tout  d’abord  Vladimira Mataseova (kanava), jeune designer slovaque qui souhaite s’inspirer de la tradition familiale dans la fabrication artisanale du tissu en lin. Elle s’attèle à comprendre cette plante depuis la graine jusqu’au tissu. Elle le cultive, mais surtout fabrique ses propres outils (plus faciles d’utilisation mais également très beaux), afin de le transformer en tissu. En plus, elle est fondatrice du projet Story of Linen à travers lequel elle essaie de transmettre et de partager ses expériences.

Ensuite, Zuzka Slaninkova, qui a fondé une petite boutique en ligne avec ses créations en fleurs  séchées« Kvetinovy obchodik » et un blog pour partager ses connaissances dans le jardinage, le séchage et l’arrangement des fleurs et autres plantes. Elle a des mains en or, elle est généreuse et elle a un vrai goût pour la décoration d’intérieur. D’ailleurs, elle a écrit un article sur la façon de cultiver le lin et la manière de l’utiliser dans les compositions florales. C’est avec son autorisation que j’utilise ses magnifiques photos de  la plante de lin !

Enfin, Lubomira Zilkova qui continue le tissage traditionnel du lin. Elle reproduit  les mêmes gestes que sa grand-mère et sa mère et utilise ainsi le métier à tissage qu’elle a hérité. Au départ, elle essaie plusieurs fils mais tombe amoureuse du lin. Elle se met même à le cultiver dans les années 2000. Et puis le transforme par les méthodes de nos ancêtres. En 2020 elle organise une exposition pour montrer tout le processus du lin depuis la graine jusqu’au produit  final en s’inspirant de l’artisanat. 

En France, nous rencontrons la même problématique. Tout doucement, on renouvelle la culture du lin, surtout dans le nord. Mais malheureusement pour sa transformation, les créateurs sont obligés d’envoyer la fibre en Asie pour  la transformation en fil ou en tissu car nous n’avons pas réussi à conserver les usines d’antan et parce que ce processus complexe reste cher.

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