La Beauté dans l’imperfection.

La beauté dans l'imperfection.

Cette semaine j’ai des difficultés à trouver de l’inspiration pour mon blog. Pourtant quelques notions s’invitent sans pour autant que je sache comment les traiter. Puisqu’il s’agit des thèmes avec une perception relativement subjective – le changement, la beauté, l’esthétique, notre place ici, la liberté. De loin, on dirait : Rien à voir ! De près, je me dis quand même….Je vous raconte alors cette histoire autour de la beauté dans l’imperfection.

Le changement. En général, le changement provoque chez moi un sentiment d’appréhension au début mais ensuite une nouvelle énergie positive. C’est pourtant le changement qui m’a fait quitter une belle carrière dans le social. Pourquoi ? Car il semble évident que chaque changement demande le déploiement de nouveaux moyens. Mais la société d’aujourd’hui veut le changement sans investir davantage. Obtenir plus avec moins. La confrontation entre le changement imposé et mes valeurs m’est devenu insupportable. Et donc, il fallait que j’envisage un nouveau départ, une nouvelle vie….un changement radical.

Je déménage, avec ma petite famille. Je change de région. Et surtout je vais changer d’habitat ! Des questions inattendues me viennent à l’esprit. Je m’adapte à mes nouvelles réflexions. Quel choix faire ? Une maison à construire ? J’en rêve d’une, inspirée de la culture japonaise. Je fais mes recherches, les idées, les bonnes personnes. J’ai envie de grand, modulable, fluide. Sans excès et sans luxe. Une maison seule, éloignée, perdue. Il y a quelques années, je découvre kintsugi – art japonais qui permet de réparer les objets brisés en assumant la cassure et même en la mettant en valeur avec de l’or. Ce principe est parfaitement transposable à l’être humain. La réparation des situtations douloureuses demande du temps, de la concentration, repose sur de multiples étapes, pour à la fin en tirer bénéfice.

Nous, les Européens, avons une autre façon de fonctionner. On répare d’une manière invisible pour donner l’impression du neuf, sans abîme. Comme si pour préserver l’histoire, la beauté ou l’authenticité d’un objet, il faudrait le rendre parfait. Deuxième approche japonaise qui m’inspire et qui va dans le même sens est l’art de vivre Wabi Sabi. C’est un art de la perfection de l’imparfait, on cherche la beauté dans l’inattendu. Wabi est lié à la plénitude et la simplicité que nous pouvons trouver dans l’observation de la nature par exemple et Sabi exprime le temps qui passe avec ses patines. Il faut savoir apprécier l’impermanence, chercher la beauté dans le simple, l’humble et l’ imparfait. Dans la décoration, Wabi Sabi se tourne vers l’artisanat avec ses irrégularités et imperfections.

Ensuite, notre appartement vendu rapidement, je commence à regarder les annonces immobilières. Et patatras ! Je tombe sur des maisons de ville. Rien de telle n’est envisagé jusque là. Des maisons bourgeoises, avec une histoire, un vieux parquet, les grandes fenêtres…Je tombe sous le charme. Est-ce que c’est finalement l’attachement à ma culture européenne qui est plus fort qu’une approche philosophique ? Finalement, ça se tient. Je ne suis pas si infidèle. Pourquoi vouloir construire une nouvelle maison quand il y en a tant qui sont vides ? On peut upcycler nos vieilles bâtisses. Respecter ce qui a été déjà fait et juste lui rajouter un petit plus pour le valoriser. Je trouve que je suis finalement assez cohérente.

Comme avec ma brocante en ligne. Il s’agit d’essayer de vivre d’une activité passionnante, de valoriser un patrimoine déjà existant, de ne plus consommer du neuf qui copie éternellement l’ancien. De profiter de la beauté qui nous entoure et qui nous nourrit. Et puis, je pense malgré tout que même en rénovant une maison du 17ème siècle, je peux m’inspirer du Kintsugi ou du Wabi Sabi. Comment ? Ne pas vouloir refaire tous les murs pour qu’ils soient droits, ne pas cacher tous les tuyaux, mettre en valeur les objets avec leurs histoires et la patine du temps….A nous de nous adapter.

Je crois que c’est là, le point de départ de la question sur la beauté. François Cheng dit : « que chaque être est unique et irremplaçable et qu’il porte en son sein cette capacité à la beauté…. »

La beauté extérieure, perceptible par nos sens quand on contemple un magnifique tableau. Il nous procure une émotion – surprise, étonnement, questionnement. Et la beauté intérieure donc invisible quand on côtoie une personne « bonne ». Tout être humain a besoin de la beauté qui nous élève. Elle n’est pas liée au luxe, on peut la trouver partout.

Selon Kant, la beauté est soit naturelle, soit adhérente. La beauté est libre quand elle ne répond à aucune règle. Par contre, la beauté est adhérente quand elle a une finalité. Celle-ci est souvent conceptuelle et doit apporter la perfection et une sorte de satisfaction. De la même manière, Kant oppose le beau et l’agréable. Le beau peut prétendre à l’universalité car il est dépouillé de tout intérêt. L’agréable est forcément subjectif car il correspond à une sensation ou émotion personnelle et individuelle.

D’ailleurs, Kant constate que le goût des gens s’accorde plus facilement sur la notion d’agréable que sur le beau. Il distingue le goût des sens qui a un lien privé et le goût de réflexion ou connaissance qui prétend à l’universalité. Pourtant, puisque le goût des sens est communicable, malgré sa subjectivité il tend vers l’universalité. Il s’opère alors d’une manière libre et indéterminée. Il est pour Kant plus pur. Tandis que le jugement de connaissance est toujours fondé sur un concept, il se soumet à des réglementations, il est donc adhérent.

Dans le design par exemple, la beauté est adhérente si on suit le concept de Kant car en général l’objet doit être innovant, utile, esthétique, claire, honnête et discret. On attend de lui alors une finalité, il s’agit d’un concept. Dans l’art Kant souligne la beauté d’une forme. Les ornements ainsi que la couleur nuisent à la beauté authentique selon lui car attirent trop d’attention, une fin en soi.

Ici je me pose la question des tendances. Pour mieux vendre, il faut proposer des produits tendances ! C’est pour cela que quand vous cherchez une table d’appoint et faites le tour des boutiques, vous découvrez partout le même modèle, juste décliné en dix façons. Cette beauté est soumise (ou barbare selon Kant) car répond aux critères de la société. Elle se veut universelle car tendance et les créateurs de tendances prétendent que tout le monde doit pouvoir apprécier leurs concepts.

Il faut distinguer la beauté de l’esthétique. Tout ce qui est beau n’est pas forcément esthétique et vice-versa. Par exemple, au 15ème siècle Jérôme Bosch introduit dans la peinture la laideur. Pourtant, l’esthétisme est recherché dans son travail. Dans la peinture classique, les artistes cherchent l’harmonie et la perfection. Ainsi, l’art répond aux critères de la beauté universelle. Cependant, à partir du 19ème siècle avec les nouveaux mouvements esthétiques comme l’impressionnisme, le fauvisme, le cubisme, l’art n’est pas nécessairement beau mais plus tôt authentique, il reflète les perceptions, les interprétations ou les jugements de l’auteur.

C’est pour cela qu’il n’est pas toujours évident de chiner des objets qui vont plaire ! Entre les « classiques » qui sont intemporels donc tendances souvent et ceux que je choisis pour une raison inexplicable et que je trouve personnellement ” beaux “, je me pose souvent la question : quelle approche dois-je privilégier ? Pour le moment, j’arrive à faire cohabiter les deux et j’espère que chacun de vous peut se régaler en naviguant sur ma boutique.

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