Le textile et sa place dans le design tchécoslovaque.

Le textile et sa place dans le design tchécoslovaque.

Aujourd’hui, j’ai très envie de vous parler du textile et de sa place dans le design tchécoslovaque. Pour préparer mon article, je me suis basée sur mes lectures du livre « Krasna jizba » et des articles de spécialistes du centre du design slovaque (SCD). Pourquoi cette envie soudaine ? C’est parce que l’été dernier j’ai récupéré chez ma maman des chutes de tissus qu’elle garde depuis les années 1970 pour les recycler en carpettes crochetées à la main. En faisant ma sélection, je me suis rendue compte de deux choses. Premièrement, les motifs et la qualité sont au rendez-vous. Ensuite, je me suis rappelée que la couture avait une place importante dans la vie quotidienne de nombreux gens. Pour autant, je vais me centrer plus sur le textile d’ameublement.

Le textile est devenu à nouveau un article porteur et recherché dans les années 1930. Il est abandonné pendant la période du fonctionnalisme quand on lui accole une image de superflu, de produit peu hygiénique,  trop décoratif et pas nécessairement utile dans l’aménagement de l’intérieur. Cependant, les clients recherchent des produits qui leur procurent une sensation de toucher agréable et confortable. Les designers doivent repenser la vision traditionnelle du tissu avec ses motifs historiques et orientaux. La structure du tissu, les couleurs, le décor doivent se moderniser. Ainsi, le textile trouve une vraie place dans l’aménagement intérieur. Il participe par exemple à la construction visuelle de l’espace  (jeu de lumières grâce aux rideaux). Il peut aussi devenir un objet architectural à lui-même par les motifs des tissus mais également une vraie œuvre d’art avec les tapis tissés à la main.

Plusieurs fabriques sont installées sur le territoire slovaque : Mautner, ULUV, Tiberghien Merina Trencin, Karl Wein & Co, SFVU…Malheureusement, je constate à nouveau que toute cette tradition slovaque arrive à résister aux deux guerres mondiales, à l’arrivée du communisme  mais c’est le passage au capitalisme dans les années 1990 qui met un frein à leur développement. En effet, suite aux investissements souvent hasardeux, ces institutions déposent les bilans dans les années 2000-2010. C’est un vrai gâchis et cette histoire qui se répète dans tous les domaines créatifs me rend triste. Je fais le choix de vous présenter l’histoire de certaines de ces usines :

Tiberghien Merina Trencin – ce sont les frères commerçants français Paul et Jean Tiberghien qui fondent cette société en 1907 à Trencin . Ils possèdent déjà à cette période une belle expérience dans l’industrie du textile en lien avec leurs usines du nord de la France. Ils commencent par la mise en place d’un atelier de tissage mais le matériel de base vient de l’import. Au départ, les tissus correspondent aux normes techniques et on rapporte même des motifs français. C’est seulement à partir de 1922 qu’un atelier de dessin se crée sur place. Les premiers designers comme Ignac Leitman ou Frantisek Klaud imaginent des motifs propres à la production slovaque.

Dans les années 1930, on y installe de nouveaux ateliers : l’atelier de blanchisserie ou de teinturerie, de filature. Après la seconde guerre mondiale, la fabrique est nationalisée et c’est en 1949 que  la fabrique nationale Merina est créée. Le pouvoir intègre dans cette fabrique d’autres usines slovaques. Merina est privatisée en 1993 et au début des années 2000 elle est considérée comme le plus grand fabricant de textile réalisant d’importants bénéfices. Malheureusement, la production est en baisse d’une année à l’autre et l’usine ferme ses portes en 2009.

Karl Wein & Co – Tatralan Kezmarok – A Kezmarok (Slovaquie) au 19ème siècle on cultive traditionnellement  le lin et pour cette raison on y installe aussi quelques fabriques de lin. C’est ainsi que Karl Wein y fonde dans les années 1880 une usine de ce genre. On y produit en tissu damassé surtout les nappes, serviettes, torchons, mouchoirs et le linge de lit. L’usine exporte principalement dans le pays des Balkans. On utilise essentiellement la fibre de lin. La fabrication tourne au ralenti après la première guerre mondiale. Pour cette raison, on transfère une partie de la production en Pologne et en Hongrie. L’usine a repris le poil de la bête après la seconde guerre mondiale. Pourtant, avec l’arrivée des communistes au pouvoir, elle est nationalisée en  1947 et son nom change en Tatralan. Le lin est tout doucement remplacé par le coton.

L’usine change de nom dans les années 1990 après sa privatisation. Elle s’appelle désormais Texilan. Dans les années 2000, on exporte presque la moitié de la production dans toute l’Europe. On se spécialise aussi dans la fabrication de tissus spécifiques pour le Ministère de la Défense et de l’Intérieur. La collaboration avec les clients étrangers passe aussi par les dessins apportés par eux –même et donc, la production propre de l’usine est affaiblie.  Par la suite, on transfère la fabrication en Tchéquie.

ULUV – je ne vous présente plus Ustredie ludovej a umeleckej vyroby (Centre de production de l’art populaire) qui à partir de 1945 soutient tous les domaines de l’art populaire, la recherche, l’édition et autre. ULUV crée un studio de design en employant des graphistes qui interviennent aussi dans la production du textile et de l’habillement. Il s’agit de toutes petites collections qui s’inspirent de la tradition mais en l’adaptant à la vie moderne. ULUV collabore étroitement avec « Krasna jizba » tchèque. En général, les produits issus de cette collaboration sont le mieux placés sur le marché, il s’agit de pépites. En Slovaquie, ce sont les graphistes Klara Brunovska ou Janka Menkynova qui dessinent pour ULUV.

ULUV encourage également des expérimentations notamment dans l’impression des motifs. On utilise la technique du batik et de la teinture à l’indigo sur des tissus très divers et inattendus. Les tissus d’ameublement sont surtout prévus pour Krasna jizba. Parmi les motifs principaux nous pouvons trouver des dessins d’animaux ou des bergers très stylisés. Les designers expérimentent aussi avec des techniques très spécifiques et folkloriques comme la dentellerie, la broderie ou le tissage à la main en les incrustant dans des modèles très actuels.

Aujourd’hui nous ne nous posons plus la question de l’intérêt du textile et de sa place dans le design. Nous savons tous que dans la décoration d’intérieur, les tissus peuvent apporter une touche originale et graphique, de la couleur ou même réchauffer l’ambiance. Actuellement, j’essaie de chiner quelques nappes vintage tchécoslovaques pour la boutique. A voir, si je vais y arriver. Mais en attendant, je garde certains tissus de ma maman que je ne découperai pas pour la fabrication des carpettes car ils sont vintage-ment beaux !

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