Sandrik. Une manufacture mondialement connue dans la fabrication des objets en argent et autres métaux.

Sandrik

C’est le baron Robert von Berks qui crée la manufacture Sandrik en 1895 à Dolne Hamre (sur le territoire slovaque au sein de la monarchie austro-hongroise à l’époque !). Il est né en Croatie mais sa famille vit à Vienne. Il s’engage, selon la tradition familiale, dans l’armée autrichienne, ensuite il devient consul, et à la fin il démissionne pour s’occuper de la plus grande société privée minière de la monarchie, à Banska Stiavnica. Alors, son rôle est de redynamiser le commerce de l’argent qui stagne au niveau mondial. Son idée est de transformer par soi-même le minerai en produits commerciaux. C’est dans cet objectif qu’il fonde deux fabriques – une pour des objets en plomb à Banska Biela et une pour l’argenterie à Dolne Hamre.

Le symbole de la manufacture devient la rose de l’écu des Géramb en lui ajoutant un sixième pétale. La bâtisse de Sandrik ressemble plus à une maison thermale qu’à une manufacture. D’ailleurs, elle est décorée par de magnifiques arcades en bois et deux statues allégoriques. Tous ces témoignages d’une certaine époque sont détruits par les communistes dans les années 1950. En face de la fabrique, la société bâtit un bistro, un casino, une bibliothèque, une épicerie, un bureau de poste avec le logement pour le postier et des maisons d’habitation.

La manufacture emploie environ 190 ouvriers, en général des étrangers. Une grande partie de la production se consacre aux ménagères en argenterie (90%) et le reste aux objets « creux ». C’est justement ces objets-ci qui sont fabriqués selon des dessins et Sandrik s’inspire du travail du professeur de l’art décoratif viennois Stefan Schwarz. Celui-ci enseigne l’art de la ciselure et de la galvanoplastie. Il représente le style qualifié d’historicisme tardif. Cependant ce style est très marqué et ne correspond plus à la demande des clients qui recherchent plus de modernité à la fin du 19.siècle.

Pour apporter plus de modernité, le baron Berks engage un nouveau dessinateur en 1899 qui est Jan Peterka. C’est lui qui dessine des objets du style art nouveau à l’Exposition mondiale de Paris en 1900 pour lesquels Sandrik obtient une deuxième médaille en argent dans la catégorie « traitement des métaux ». Justement à cette époque, Sandrik intègre dans sa production d’autres métaux comme par exemple le bronze, le cuivre et l’alpacca (alliage de cuivre, zinc et nickel). Une première commande exceptionnelle arrive alors avec deux vases en cuivre achetés par le Monarque François-Joseph. Grâce à ce client prestigieux, la manufacture obtient de plus en plus de demandes. Le baron Berks propose alors la direction de la manufacture à Peterka.

Peterka devient donc le directeur de la manufacture mais également le directeur artistique. Tout d’abord il licencie des ouvriers étrangers. Il diminue la fabrication des objets en argent et se concentre sur une production plus populaire en alpacca. Il améliore l’environnement social des travailleurs en ouvrant une école pour leurs enfants, en les assurant et en construisant des habitations pour eux. Les salariés ont à leur disposition un club de sport, des projections de cinéma, un groupe théâtral et autre. En 1906 c’est l’Assurance centrale de Budapest qui achète Sandrik. Elle subventionne et redynamise la fabrique.  Avant la première guerre mondiale, la manufacture produit quelques objets liturgiques mais aussi des ustensiles argentés pour les restaurants et chromés pour les cuisines. Sandrik a un seul concurrent de son niveau dans la Monarchie et c’est la manufacture Krupp de Berndorf.

Pendant la guerre Peterka arrive à conserver la production de la manufacture au même niveau  en s’adaptant aux nouveaux besoins. Il crée par exemple des batteries de campagne ou des marmites. Cependant, Krupp achète 70% de Sandrik à la fin de la première guerre mondiale pour se débarrasser de la concurrence. Les relations entre deux manufactures sont mauvaises notamment après la guerre. Krupp est en difficulté et transfère les machines de fabrication de Sandrik en Autriche. Cela se répercute sur la masse salariale. Peterka est obligé de licencier une partie des salariés, la production baisse quantitativement. Par contre, la manufacture réoriente à nouveau sa production et à partir de 1918 elle commence à fabriquer la première monnaie tchécoslovaque.

Dans les années 1920 Krupp vend sa part à une banque morave. Pendant cette période Sandrik modernise sa chaine de fabrication. C’est la  première manufacture en Tchécoslovaquie à fabriquer des objets en acier inoxydable. Peterka finit par quitter la manufacture en 1928 à cause de ses désaccords avec les nouveaux propriétaires.

Dans les années 1930 le propriétaire change de nouveau. Pendant la seconde guerre mondiale, Sandrik fabrique des couverts en aluminium en raison du manque du matériel. En 1945, le nouveau pouvoir communiste nationalise l’usine. En 1951 Sandrik ouvre une école avec internat pour former des jeunes. C’est le seul institut en Tchécoslovaquie à enseigner certains domaines dans le traitement des métaux. C’est aussi à ce moment que Jan Calovka, artiste et designer connu, intègre la fabrique de Dolné Hamre. Il trouve une reconnaissance grâce à sa ménagère en acier inoxydable qu’il a crée pour l’exposition mondiale Expo 58 à Bruxelles. Jan Calovka dessine également des ustensiles et objets utilitaires pour la maison mais aussi la restauration. Il reste à Sandrik jusqu’à 1966.

L’histoire de Sandrik après la chute du communisme est compliquée. En tout cas, l’usine continue à fabriquer des pièces par exemple pour l’industrie d’automobile et s’appelle désormais Sandrik 1895. C’est aussi dans les années 1990 que la salle d’exposition est fermée et qu’une grande partie des objets disparait. Nous pouvons trouver quelques témoignages des débuts de la manufacture surtout dans les musées – à Bratislava, Budapest ou à Brno.

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